Damas, (SANA) Les inquiétudes grandissent dans les milieux économiques et technologiques quant au fait que la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, dans le contexte de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, pourrait provoquer une crise dépassant largement le secteur pétrolier.
De plus en plus d’analystes estiment que la révolution de l’intelligence artificielle et l’industrie technologique mondiale pourraient être directement menacées, en raison de leur dépendance massive à l’énergie, au gaz naturel et à l’hélium, éléments indispensables à la fabrication des semi-conducteurs et au fonctionnement des centres de données.
Un point de passage vital pour l’énergie mondiale
Le détroit d’Ormuz constitue l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde, par lequel transite une part considérable du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Toute perturbation durable dans cette zone provoque immédiatement une hausse des prix de l’énergie et crée des tensions sur les chaînes d’approvisionnement industrielles.
Avec l’intensification du conflit au Moyen-Orient, les marchés du gaz ont déjà montré des signes de forte volatilité, ce qui inquiète particulièrement les secteurs industriels fortement consommateurs d’énergie, notamment l’industrie des semi-conducteurs et celle de l’intelligence artificielle.
L’hélium, un gaz discret mais indispensable à la technologie moderne
Peu connu du grand public, l’hélium est pourtant un élément essentiel dans la fabrication des puces électroniques avancées. Il est utilisé pour refroidir les équipements de lithographie, stabiliser les environnements de production à très haute précision et garantir le bon fonctionnement des lasers industriels utilisés dans la gravure des circuits.
La production mondiale d’hélium est étroitement liée à celle du gaz naturel, et le Qatar figure parmi les principaux fournisseurs au monde. Or, l’exportation du gaz qatari dépend largement du passage par le détroit d’Ormuz. Toute interruption prolongée du trafic maritime pourrait donc réduire l’offre mondiale d’hélium, ce qui représenterait un risque majeur pour la production de semi-conducteurs.
Une industrie de l’intelligence artificielle extrêmement dépendante de l’énergie
Contrairement à l’image d’un secteur purement numérique, l’intelligence artificielle repose sur une infrastructure physique gigantesque. Les centres de données, les supercalculateurs et les usines de semi-conducteurs consomment d’énormes quantités d’électricité, souvent produite à partir de gaz naturel.
La hausse des prix du gaz entraîne mécaniquement une augmentation du coût de production des puces, ce qui peut ralentir les investissements dans les infrastructures nécessaires au développement des technologies d’intelligence artificielle.
Taïwan au cœur du système mondial des semi-conducteurs
Taïwan occupe une position centrale dans la chaîne mondiale de production des puces électroniques. Les usines de fabrication de semi-conducteurs y fonctionnent en continu et nécessitent une alimentation stable en énergie.
Les installations industrielles de la société TSMC, leader mondial du secteur, consomment des volumes considérables d’électricité et de gaz pour alimenter les machines de lithographie, les systèmes de refroidissement et les salles blanches.
Selon des analyses industrielles, les réserves stratégiques de gaz disponibles pour l’industrie taïwanaise restent limitées, et une interruption prolongée des approvisionnements pourrait entraîner un ralentissement, voire un arrêt temporaire de certaines lignes de production.
Le risque d’un ralentissement de la révolution de l’intelligence artificielle
La fabrication des processeurs destinés à l’intelligence artificielle exige des technologies extrêmement avancées, qui ne tolèrent aucune interruption d’énergie ni de refroidissement. Une pénurie d’hélium ou une hausse durable du prix du gaz pourrait retarder la production des puces les plus performantes, utilisées dans les centres de données et les systèmes d’apprentissage automatique.
Un tel scénario entraînerait non seulement une hausse des coûts, mais aussi un ralentissement du déploiement des infrastructures nécessaires à la poursuite de la révolution de l’intelligence artificielle.
Un effet domino sur l’économie mondiale
Si la fermeture du détroit d’Ormuz devait se prolonger, les conséquences pourraient dépasser largement le secteur énergétique. La hausse des prix du gaz, la réduction de l’offre d’hélium, les difficultés de production des semi-conducteurs et le ralentissement du développement de l’intelligence artificielle pourraient provoquer un choc industriel mondial.
Les secteurs de l’électronique, de l’automobile, de l’informatique en nuage (cloud computing) et des technologies avancées seraient particulièrement exposés, ce qui pourrait accentuer l’inflation et freiner la croissance économique.
La crise actuelle autour du détroit d’Ormuz montre que la révolution de l’intelligence artificielle dépend étroitement de ressources énergétiques et industrielles souvent invisibles pour le grand public. L’hélium, le gaz naturel et la stabilité des routes maritimes sont devenus des éléments essentiels du progrès technologique.
Si la fermeture du détroit devait se prolonger, le risque ne se limiterait pas à une crise pétrolière, mais pourrait aller jusqu’à ralentir, voire étouffer, la révolution technologique mondiale dont dépend une grande partie de l’économie du XXIe siècle.
André Chatta