Damas (SANA) Depuis le port de Tartous, l’île d’Arwad apparaît comme un bloc de pierre flottant sur les eaux bleues de la Méditerranée. À mesure que l’on s’en approche, ses traits historiques se dévoilent : une citadelle dominant la mer, un port chargé de mémoire maritime, des ruelles étroites bordées de maisons en pierre et des embarcations en bois qui continuent de sillonner les flots comme elles le faisaient il y a des siècles.
Unique île habitée du littoral syrien, Arwad constitue un témoin vivant du passage de nombreuses civilisations, phénicienne, grecque, romaine et islamique, qui ont laissé leur empreinte aussi bien sur le territoire que sur ses habitants.
Une position maritime à l’origine de son rôle historique
Située au large de la ville de Tartous, à environ trois kilomètres des côtes syriennes, l’île d’Arwad présente une forme quasi circulaire d’environ 750 mètres de long et 450 mètres de large. Elle est entourée de petits îlots rocheux historiquement connus sous le nom de « Filles d’Arwad ».
Sa position avancée en mer lui a conféré une importance stratégique exceptionnelle. L’île a longtemps servi de poste de défense, d’escale commerciale et de point de navigation, contribuant à la surveillance du littoral, à la sécurisation des voies maritimes et au contrôle d’une partie essentielle du trafic commercial en Méditerranée orientale.
Grâce à sa situation et à l’expérience de ses habitants en mer, elle a pu devenir un centre influent dans l’histoire de la côte syrienne et de la région.
Arwad dans les sources et les civilisations anciennes
Dans déclaration à l’agence SANA, l’historien Dr Ammar Al-Nahar a indiqué que « les textes historiques et les sources archéologiques confirment qu’Arwad était habitée depuis le IIIe millénaire avant J.-C. Son nom apparaît dans les tablettes d’Ebla, puis dans les lettres de Tell el-Amarna et les anciens textes égyptiens, ainsi que dans les sources grecques, arabes et islamiques, ce qui témoigne de la profondeur de son héritage civilisationnel et de l’importance de son rôle maritime et commercial ».
« Arwad n’était pas simplement une petite île ; elle constituait une puissance navale influente en Méditerranée orientale et a contribué au transfert du commerce, de la culture et des arts entre les différentes civilisations de la région » a poursuivi Al-Nahar.
À l’époque phénicienne, Arwad connut une période de prospérité en tant que royaume maritime indépendant. Elle disposait d’une flotte puissante et d’une grande expertise dans la navigation et la construction navale. Son influence commerciale s’étendait jusqu’aux côtes africaines et aux ports égyptiens.
Avec l’arrivée d’Alexandre le Grand sur la côte syrienne en 333 av. J.-C., Arwad entra dans la sphère d’influence hellénistique avant d’être intégrée, par la suite, à l’Empire romain. Malgré ces changements politiques, l’île conserva son rôle de premier plan dans les échanges commerciaux et les activités maritimes.
Après la conquête arabe musulmane, Arwad devint une base navale stratégique au sein de l’État islamique.
Châteaux, remparts et mémoire nationale
Pendant les Croisades, l’île d’Arwad fut occupée par les Templiers, qui la fortifièrent avec des remparts et des tours. Elle fut reprise en 1302 par les Mamelouks sous le commandement du sultan An-Nâsir Muhammad ben Qalâ’ûn, devenant ainsi la dernière place forte croisée à tomber sur la côte levantine.
La principale forteresse de l’île conserve encore aujourd’hui des vestiges des époques croisée, mamelouke et ottomane. Des emblèmes sculptés sur certaines portes témoignent de la succession des pouvoirs qui ont marqué l’histoire du site.
Sous le mandat français en Syrie, la forteresse fut transformée en prison pour les militants nationalistes syriens. Plusieurs figures du mouvement indépendantiste y furent détenues, faisant du lieu un symbole de la résistance contre le Mandat.
Après l’indépendance, la citadelle a été reconvertie en musée local. Elle abrite des collections archéologiques liées à l’histoire d’Arwad et des sites voisins, offrant aux visiteurs un parcours à travers les différentes étapes du passé de l’île.
Un patrimoine vivant qui mérite davantage de recherches
L’île abrite plusieurs sites historiques majeurs, dont la citadelle, la tour ayyoubide, l’ancien port phénicien, ainsi qu’un tissu de ruelles étroites et de maisons en pierre illustrant l’architecture maritime traditionnelle.
Le patrimoine maritime d’Arwad demeure vivant à travers la construction de bateaux en bois et la pêche, deux savoir-faire transmis de génération en génération, témoignant du lien profond entre les habitants, la mer et leur environnement méditerranéen.
Le directeur des Antiquités de Tartous, Abdel Hay Al-Mohammad, a indiqué que ’l’île d’Arwad, seule île habitée du littoral syrien depuis des siècles, n’a pas encore révélé tous ses secrets historiques en raison du faible nombre de fouilles archéologiques et de sa forte densité urbaine, soulignant les vestiges existants témoignent de son importance’’.
À notre époque, les manifestations de la vie quotidienne confirment qu’Arwad n’est pas un site archéologique fermé ni une ancienne ville abandonnée, mais une île habitée qui vibre de vie. Cela rend son traitement plus sensible, car il exige de préserver le site tout en trouvant un équilibre entre la protection des vestiges archéologiques, le quotidien des habitants et le développement de son rayonnement culturel et touristique, sans rompre le lien entre l’homme et le lieu.
Malgré les civilisations successives et les transformations historiques qu’elle a connues, Arwad conserve son identité maritime ainsi que son patrimoine culturel et social. De son port phénicien et sa forteresse en pierre à ses ruelles étroites et ses bateaux en bois, l’île continue de raconter l’histoire de la mer et du temps, en tant que mémoire vivante du littoral syrien et élément essentiel de l’identité syrienne contemporaine.



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