Alep, (SANA) Alep a ravivé une partie de sa mémoire chargée de guerre avec le lancement de la conférence « Alep se souvient », qui vise à documenter la mémoire de la révolution syrienne et à préserver sa narration pour les générations futures.
Préserver la mémoire d’Alep à travers une action collective
La conférence, organisée par l’association « For Sama », avec le soutien de l’organisation « Mars » et la participation d’environ 125 militants et personnes intéressées, explore les moyens de sauvegarder la mémoire d’Alep et de fixer ses moments clés. Elle propose des sessions et des ateliers axés sur l’intégration de la mémoire dans l’espace public, la documentation des lieux et des événements qui ont marqué l’histoire de la ville durant les années de la révolution syrienne, ainsi que sur le lien entre reconstruction, justice, reconnaissance et guérison communautaire.
La mémoire comme fondement de la paix sociale
Abdelfattah Cheikh Omar, formateur et consultant en consolidation de la paix, a déclaré au correspondant de SANA que la conférence constitue un espace permettant de raviver les souvenirs partagés entre les habitants de la ville, qu’ils soient des quartiers Est ou Ouest. Elle vise à construire une narration commune de ce qu’a vécu Alep depuis 2011 jusqu’à la fin de 2024, incluant les manifestations pacifiques, le siège imposé par le régime déchu, ses bombardements et le déplacement forcé des habitants.
Il a souligné que se remémorer ces étapes aide à comprendre la complexité de ce que la ville a traversé et contribue à renforcer la cohésion sociale, affirmant que la préservation de la mémoire collective est une composante essentielle du processus de guérison post-conflit.
De son côté, l’activiste Ahmad Hallak a indiqué que la conférence aborde les événements majeurs vécus par Alep au cours des dernières années et vise à produire un document de recommandations destiné aux institutions officielles. Celui-ci recensera les lieux et moments qui doivent être documentés et préservés afin de protéger la narration nationale et d’empêcher la reproduction de la tyrannie.
Il a ajouté que les sociétés vivantes veillent toujours à documenter leur histoire à travers témoignages, archives et lieux, car cela joue un rôle crucial dans la construction de la conscience des générations futures et la préservation de la mémoire collective.
La mémoire de la ville face à l’oubli
Pour sa part, la coordinatrice générale de la conférence et militante engagée dans la justice transitionnelle, Marcel Chehwaro, a expliqué que la conférence cherche à s’accorder sur des moments et des étapes clés devant être ancrés dans la mémoire des lieux, notamment dans le contexte des projets de reconstruction et de réhabilitation des espaces et zones endommagés.
Elle a insisté sur l’importance de préserver la mémoire de la ville et les sacrifices de ses habitants, précisant que les participants travaillent à formuler des recommandations visant à commémorer les victimes et les martyrs dans l’espace public d’Alep.
Elle a souligné que surmonter les séquelles de la guerre ne peut se faire sans reconnaître ce qui s’est passé et sans préserver la mémoire collective, estimant que l’ouverture du dialogue sur le passé constitue une étape nécessaire vers la paix sociale et la guérison.
Alep, une ville blessée qui lutte pour préserver sa mémoire
Alep est l’une des villes syriennes les plus touchées durant les années de la révolution. Depuis 2012, elle a connu de vastes affrontements militaires, des bombardements intensifs visant les quartiers résidentiels, les infrastructures, les marchés et les services essentiels, en particulier dans les quartiers Est.
Elle a également subi un siège de plusieurs mois, accompagné de vagues massives de déplacement et d’exode, ainsi que de destructions importantes touchant des sites historiques et des installations publiques.
Au cours de ces années, la ville a été le théâtre de violations commises par le régime déchu et de bombardements ayant causé des milliers de victimes. Documenter cette période et préserver la mémoire qui y est liée fait désormais partie des efforts de militants et d’organisations civiles qui cherchent à protéger la narration de la ville et à la transmettre aux générations futures.
AM.