Damas, (SANA ) La ville de Bosra al‑Cham renferme, dans ses pierres basaltiques noires, des strates successives de civilisations, parmi lesquelles se dresse la mosquée al‑Omari, l’un des sanctuaires islamiques les plus anciens du Bilad al‑Cham, conservant ses traits architecturaux originels et témoignant d’une étape décisive de la diffusion de l’islam dans la région.
Considérée comme l’un des monuments islamiques les plus emblématiques au sud de la Syrie, la mosquée al‑Omari remonte aux premières années qui ont suivi la conquête islamique de Bosra, sous le califat d’Omar ibn al‑Khattab. Il est probable que l’édifice ait pris son nom du passage du calife par Bosra alors qu’il se rendait à la conférence d’al‑Jabiya dans le Hauran.
Le minaret le plus ancien encore debout dans le monde islamique
La mosquée doit son importance exceptionnelle à son minaret carré en pierre, de quinze mètres de hauteur. Plusieurs chercheurs et historiens, dont l’orientaliste et archéologue britannique Creswell, estiment qu’il s’agit du plus ancien minaret islamique encore conservé, conférant à l’édifice une place singulière dans l’histoire de l’architecture islamique primitive.
Documentation de l’histoire de la mosquée et ses transformations urbaines
Dans son ouvrage “La civilisation islamique dans la ville de Bosra al‑Cham”, le chercheur Radif al‑Miqdad présente une lecture détaillée de l’histoire de la mosquée al‑Omari et de son évolution architecturale à travers les différentes époques islamiques, s’appuyant sur les inscriptions et les textes lapidaires découverts lors des travaux de restauration et des études de terrain.
Al‑Miqdad indique que la mosquée fut édifiée sur les vestiges d’un temple païen, selon le modèle des premières mosquées de l’époque des califes bien guidés, influencée par la Mosquée du Prophète et la mosquée d’Amr ibn al‑‘As, avant que n’y apparaissent plus tard des traits inspirés de la Grande Mosquée des Omeyyades, devenue un modèle architectural pour les mosquées de la région.
L’ouvrage détaille les phases de restauration et d’agrandissement qu’a connues la mosquée, notamment durant l’époque omeyyade et le Moyen Âge. L’auteur y révèle des inscriptions datant de travaux réalisés sous le calife Yazid II en l’an 102 de l’Hégire, ainsi que d’autres écrits remontant à l’époque de Marwan ibn Muhammad, dernier calife omeyyade.
Une architecture islamique primitive au caractère authentique
Selon al‑Miqdad, l’édifice adopte une forme trapézoïdale d’environ 34 × 36 mètres. Il comprend une salle de prière rectangulaire dont la toiture repose sur des colonnes de marbre et des arcs successifs, aux chapiteaux variés — corinthiens, doriques et ayyoubides. Au centre de la cour intérieure se trouvait une fontaine d’ablution surmontée autrefois d’un petit dôme, entourée de portiques sur les quatre côtés.
Des colonnes en marbre blanc ont également été utilisées dans la construction de la mosquée, transférées du théâtre romain voisin, témoignant du chevauchement culturel entre l’héritage romain et l’architecture islamique dans la ville de Bosra.
Décors révélant l’interaction des civilisations
La mosquée se distingue par ses décorations en stuc et ses inscriptions arabes, dont les vestiges ornent encore le mur de la qibla et la niche du mihrab, portant des versets coraniques et des textes exécutés avec une grande finesse artistique.
Les études archéologiques signalent également des influences décoratives inspirées de l’art seldjoukide, reflétant l’ampleur des échanges culturels et artistiques qu’a connus la région durant les siècles médiévaux islamiques.
Un monument religieux toujours vivant
Selon al‑Miqdad, la mosquée a huit portes donnant sur les anciens quartiers et marchés, illustrant le rôle commercial et civilisationnel que Bosra a exercé au fil de son histoire.
Malgré les siècles et les transformations qu’a traversées la région, la mosquée al‑Omari demeure un lieu de culte actif où ont lieu encore la prière du vendredi et les différentes pratiques religieuses, concrétisant ainsi l’authenticité de l’architecture islamique et constituant l’un des témoignages les plus marquants des débuts de la civilisation islamique au Bilad al‑Cham.
R.S./R.B.