Damas, (SANA) La Syrie possède un patrimoine exceptionnel représenté par des sites archéologiques et historiques inscrits au patrimoine mondial, témoignant de la profondeur de son histoire et de son rôle majeur dans l’évolution de la civilisation humaine. Répartis à travers le territoire syrien, ces sites constituent des témoins vivants des contributions du peuple syrien et de leurs valeurs architecturales et spirituelles, ce qui leur a valu la reconnaissance de l’UNESCO comme partie intégrante de la mémoire culturelle universelle.
Damas et Alep… deux villes qui résument la mémoire du Levant
La directrice de la Direction des sites du patrimoine mondial à la Direction générale des antiquités et des musées, Lina Qteifan explique que la vieille ville de Damas, inscrite au patrimoine mondial depuis 1979, est l’une des plus anciennes villes continuellement habitées au monde. Grâce à sa position stratégique sur les routes caravanières reliant l’Est et l’Ouest, la ville a conservé un rôle politique et culturel et économique majeur.

Elle souligne que l’originalité de Damas réside dans son tissu urbain dense, ses remparts et ses monuments reflétant la succession des civilisations araméenne, hellénistique, romaine, byzantine et islamique. Son statut de capitale omeyyade lui a conféré un essor architectural remarquable et a consolidé son identité de grande ville arabo‑islamique.
Qteifan évoque également la vieille ville d’Alep, inscrite en 1986, comme un modèle unique de cité historique fondée au carrefour des routes commerciales depuis le deuxième millénaire avant J.C.. Sa citadelle emblématique, ses monuments religieux et civils, ainsi que ses souks et khans témoignent de son importance militaire, économique et culturelle, et en font un exemple représentatif des villes ayyoubides du XIIᵉ siècle.
Palmyre et Bosra… carrefour des civilisations sur la route des caravanes
Selon Qteifan, le site archéologique de Palmyre, inscrit au patrimoine mondial en 1980, constitue l’un des exemples les plus marquants du métissage culturel entre l’Orient et l’Occident. La cité a prospéré aux Ier et IIᵉ siècles comme centre majeur des caravanes reliant la Perse, l’Inde, la Chine et l’Empire romain, ce qui a façonné une identité architecturale et artistique singulière visible dans ses monuments emblématiques.

Elle souligne que Palmyre se distingue par un style architectural mêlant influences grecques et romaines aux traditions locales, perceptible dans ses édifices, ses décors et ses sculptures funéraires.
Quant au site archéologique de Bosra, également inscrit en 1980, il possède une histoire ancienne mentionnée dans les lettres d’Amarna et fut successivement capitale nabatéenne, centre administratif romain puis pôle religieux et commercial byzantin avant son intégration dans le monde islamique.
Qteifan ajoute que Bosra se présente aujourd’hui comme un musée à ciel ouvert réunissant des vestiges nabatéens, romains, byzantins et islamiques, dont le célèbre théâtre romain presque intact, la mosquée al‑Omari, l’école de Mabrak al‑Naqa et la cathédrale de Bosra, témoignant de sa valeur historique, religieuse et architecturale.
Forteresses et villages antiques… témoins de l’architecture et de la vie syrienne

Les deux forteresses de Krak des Chevaliers à Homs et de Salah Eddin à Lattaquié, inscrites au patrimoine mondial en 2006, constituent des exemples remarquables d’architecture militaire orientale. Édifiées sur des hauteurs naturellement fortifiées, elles ont joué un rôle clé dans l’évolution des systèmes défensifs entre les XIᵉ et XIIIᵉ siècles.
Dans le nord de la Syrie, les villages antiques inscrits en 2011 regroupent une quarantaine de localités situées dans les banlieues d’Alep et d’Idleb. Ils offrent un paysage culturel unique, illustrant des traces d’occupation humaine datant de la période comprise entre le Ier et le VIIe siècle après J.-C., et offre également un aperçu rare du mode de vie des communautés rurales à la fin de la période classique.
Efforts de protection et perspectives de nouvelles inscriptions
Qteifan indique que la Direction générale des antiquités et des musées, en coopération avec l’UNESCO, met en œuvre depuis 2013 un plan visant à retirer les sites syriens du patrimoine mondial de la liste du danger, grâce à des mesures de restauration et de conservation appuyées par des dossiers en cours d’examen pour Damas, Palmyre et Bosra, parallèlement à des travaux de documentation.
Par ailleurs, des démarches sont engagées pour inscrire de nouveaux sites, tels que Maaloula et la route du pèlerinage chrétien, en collaboration avec l’ICOMOS, afin de renforcer la présence internationale du patrimoine syrien et préserver son identité culturelle.
R.F.