Londres, (SANA) Le détroit d’Hormuz s’est transformé en un point d’étranglement majeur de l’économie mondiale en raison de la guerre américano israélo iranienne. Sa fermeture par Téhéran a provoqué une envolée sans précédent des coûts d’assurance maritime, paralysant presque totalement la navigation dans l’un des corridors stratégiques les plus importants pour le transport de l’énergie.
Bien que l’assurance des navires reste disponible, des institutions spécialisées à Londres — le plus grand marché mondial du secteur — affirment que la baisse du trafic maritime n’est pas due à un manque de couverture, mais à l’escalade des risques sécuritaires.
Selon l’AFP, la Lloyd’s Market Association a indiqué que les assureurs ont émis des avis de réévaluation des polices couvrant les risques de guerre, avant leur réactivation sous des conditions plus strictes, reflétant l’incertitude qui domine le marché.
De 1 % à 10 %
Avant le déclenchement de la guerre, l’assurance contre les risques de guerre ne dépassait pas 1 % de la valeur du navire. Aujourd’hui, elle atteint entre 3,5 % et 10 %, selon des experts du secteur.
David Smith, responsable de l’assurance maritime chez McGill, explique que les tarifs changent presque toutes les heures en raison de l’évolution rapide de la situation sur le terrain.
Avec une valeur des méthaniers estimée entre 200 et 250 millions de dollars, le coût d’assurance pour un seul passage peut atteindre plusieurs dizaines de millions, ce qui représente un fardeau colossal pour les compagnies maritimes et le commerce mondial.
Redéfinition de la carte des “zones à haut risque”
Dans une mesure illustrant la gravité de la situation, le marché londonien de l’assurance maritime a élargi la liste des zones classées “à haut risque” dans le Golfe, obligeant les navires à renégocier des primes spéciales avant d’y pénétrer.
Les critères de tarification incluent plusieurs facteurs : type de navire, tonnage, pavillon, vitesse, alors même que la demande d’assurance liée au passage du détroit s’effondre.
Quasi paralysie du trafic maritime
Les données de terrain illustrent l’ampleur de la crise : le trafic maritime dans le détroit d’Hormuz a chuté de près de 95 % en mars par rapport aux niveaux d’avant guerre, selon des sociétés de suivi maritime.
Des dizaines de navires commerciaux ont également été la cible d’attaques ou d’incidents sécuritaires dans le Golfe et en mer d’Oman, poussant de nombreuses compagnies à éviter cette route vitale, par laquelle transitaient près d’un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole.
Pour tenter d’endiguer la crise, les États Unis ont proposé une initiative visant à sécuriser la navigation dans le détroit, incluant l’escorte navale des navires. Cette mesure vise à rassurer les marchés et à réduire les coûts d’assurance, mais elle se heurte encore à des réticences internationales en raison de la poursuite des opérations militaires et de l’absence de garanties réelles pour la sécurité maritime.
Des répercussions sur l’ensemble de l’économie mondiale
Les effets de la crise ne se limitent pas au secteur de l’assurance : ils touchent l’ensemble de l’économie mondiale. La hausse des coûts de transport et d’assurance entraîne une augmentation des prix du pétrole et du gaz, avec des répercussions directes sur les chaînes d’approvisionnement.
Des experts avertissent que la fermeture prolongée du détroit pourrait déclencher une nouvelle vague inflationniste, notamment dans les pays importateurs d’énergie, alors que les économies mondiales se remettent à peine de crises précédentes.
La crise du détroit d’Hormuz révèle l’interdépendance profonde entre sécurité géopolitique et économie mondiale : l’assurance maritime n’est plus seulement un outil financier, mais un indicateur direct du niveau de risque dans l’une des régions les plus tendues du globe.
Avec la poursuite de l’escalade, la navigation dans le Golfe reste tributaire des évolutions militaires, tandis que le monde attend la moindre percée politique susceptible de rouvrir cette artère vitale de l’économie mondiale.
R.Kh/ M.Ch