Damas, (SANA) La reprise des flux de pétrole brut du nord-est de la Syrie vers les raffineries gouvernementales ne se limite pas à une simple reprise technique de la production, mais indique plutôt un changement stratégique important dans le contrôle du gouvernement sur les ressources énergétiques, après plus d’une décennie pendant laquelle la plupart des infrastructures pétrolières et gazières du pays sont restées hors du contrôle de l’État.
La Compagnie pétrolière syrienne a annoncé, dimanche 25 janvier, l’arrivée du premier chargement officiel de pétrole brut en provenance des champs d’al-Omar et d’al-Tank, au gouvernorat de Deir Ezzor, à destination de la raffinerie de Baniyas. Ce convoi de 20 camions-citernes représente le premier transfert de pétrole géré par l’État depuis que les forces gouvernementales syriennes ont repris le contrôle de la zone des (FDS).
Des responsables de la compagnie ont indiqué que des équipes techniques supervisent actuellement les opérations d’extraction, de chargement et de transport sur plusieurs gisements, notamment al-Omar, al-Taym, al-Thawra et Jbessa, et ce, dans le cadre d’un plan plus vaste visant à réintégrer ces ressources au système énergétique national syrien.
Perspectives de production et demande intérieure
Selon les estimations de la Compagnie pétrolière syrienne, la production des gisements remis en exploitation pourrait atteindre environ 100 000 barils par jour d’ici quatre mois, à condition que les travaux de réhabilitation se déroulent comme prévu.
Ce chiffre est extrêmement important, étant donné que les besoins de consommation intérieure de la Syrie, d’après les données officielles d’avant-guerre, étaient entre 150 000 et 200 000 barils par jour en conditions normales. Si ce nouveau niveau de production est atteint, il couvrira une grande partie de la demande intérieure et réduira la dépendance à l’égard des carburants importés, qui représentent un lourd fardeau pour les finances publiques du pays dans un contexte de pénurie de devises.
Avant 2011, la Syrie produisait environ 385 000 barils par jour, provenant principalement des gisements du nord-est du pays. Durant la guerre, la production a chuté à 30 000-40 000 barils par jour, obligeant le pays à dépendre fortement des produits pétroliers importés.
Approvisionnement en gaz et secteur énergétique
La remise en service des infrastructures gazières pourrait avoir des répercussions encore plus immédiates sur le secteur électrique syrien. La Compagnie pétrolière syrienne a commencé à acheminer du gaz naturel des gisements de Jbessa, dans le gouvernorat de Hassaké, vers la station de traitement de Furqlus, près de Homs, à un débit d’environ 1,2 million de mètres cubes par jour, fonctionnant à 35 bars via les stations de Kouniko et de Markada.
Bien que modeste, cette augmentation intervient dans un contexte de graves pénuries. Les données gouvernementales pour 2025 indiquent que la Syrie a besoin d’environ 23 millions de mètres cubes de gaz par jour, en plus d’environ 5 000 tonnes de fioul par jour, pour assurer une alimentation électrique continue à l’échelle nationale. Ces nouveaux approvisionnements pourraient contribuer à accroître la production d’électricité.
L’attention se concentre particulièrement à la station de traitement de gaz de Kouniko, à Deir Ezzor, qui fut la plus grande du pays, avec une capacité d’avant-guerre d’environ 13 millions de mètres cubes par jour. Sa remise en service progressive pourrait réduire considérablement l’écart entre l’offre et la demande, même si sa réhabilitation complète nécessitera un temps et des investissements considérables.
Outre les infrastructures gazières, le barrage de l’Euphrate, récemment repris par le gouvernement syrien aux FDS, est un élément essentiel du système hydroélectrique syrien. Sa centrale hydroélectrique comprend huit groupes électrogènes, chacun capable de produire 110 mégawatts, alimentant ainsi une grande partie de la région en électricité. Le barrage renforcera la capacité du gouvernement à garantir l’approvisionnement en électricité à l’échelle nationale.
Importance stratégique dépasse la production
Les gisements de pétrole et de gaz récemment repris sous contrôle de l’Etat revêtent une importance stratégique, non seulement pour la production, mais aussi pour le rétablissement de l’autorité du gouvernement sûr les puits et la gestion efficace des réseaux nationaux de transport et de distribution.
La remise en service du gisement d’al-Omar, le plus important du pays, constitue une étape clé dans la relance de la production pétrolière. Avant la guerre, ce gisement produisait environ 80 000 barils par jour ; la production actuelle est estimée à environ 20 000 barils par jour après des années d’épuisement et d’extraction non réglementée.
Effets économiques et financières
Le retour du pétrole et du gaz dans le cadre officiel de l’État dirige les revenus directement vers les coffres publics au lieu de s’infiltrer dans l’économie souterraine ou les réseaux de contrebande. Cela permet au gouvernement de financer une partie de ses dépenses et d’atténuer la pression sur ses réserves de devises.
Avant la guerre, le secteur de l’énergie représentait environ 20 % du PIB syrien et plus de 50 % des revenus de l’État. Depuis 2011, une grande partie de ces revenus a disparu et un rétablissement complet dépend de la réhabilitation des infrastructures gravement endommagées. Selon les estimations internationales, les pertes du secteur s’élèvent à plus de 115 milliards de dollars pendant les années de guerre.
Le contrôle du gouvernement syrien sous les puits de pétrole et de gaz de la région de Jazira marque un tournant décisif aux implications économiques et politiques considérables. Il rétablit l’autorité de l’État sur une ressource vitale pour l’économie et la souveraineté du pays, ouvre la voie à la réduction des déficits énergétiques et améliore l’approvisionnement en électricité.
Abdul.A / W.H. / L.S.



